Coordination des Partis politiques pour la Défense de la Constitution

Coordination des Partis politiques
pour la Défense de la Constitution
( CPDC )

MEETING DU 25 MARS 2006
AU PALAIS DU 15

ALLOCUTION DU PRESIDENT LOL MAHAMAT CHOUA
Camarades Militantes et Militants des partis

politiques de la CPDC,
Sympathisantes et sympathisants,
N’djamenoises et N’djamenois,
Mesdames et Messieurs,

Voilà plus d’un an que nous ne sommes pas adressés directement à vous. Certes, le contact n’est pas rompu car vous suivez parfaitement nos prises de position et nos actions, devant l’évolution de la situation de notre pays.

Bravant et contournant les obstructions du pouvoir MPS qui s’enlise dans l’option du régime de parti-Etat, la CPDC n’a cessé de vous tenir informés, et de vous indiquer la voie à suivre pour sortir notre pays de cette dangereuse impasse et offrir quelques raisons d’espérer à cette population à qui on refuse le pain, l’éducation, la santé et la quiétude.

Le 4 mars, nous nous sommes adressé à vous, à travers la population du Logone, pour livrer notre message de lutte et d’espoir. Aujourd’hui, nous voudrions vous l’exprimer plus directement.

Mesdames, Messieurs,

Il n’est certainement pas nécessaire de vous dire, ici, dans quel état se trouve notre cher et beau pays.

Alors qu’avec la chute du Président Habré, nous avons tous cru en la fin de la gestion calamiteuse de notre potentiel humain et économique, force est de noter pour le déplorer, que la situation du pays ne fait que se dégrader du fait de l’amateurisme et de l’aveuglément de ceux qui se sont emparés du pouvoir.

Que n’a-t-on pas fait, quels sacrifices n’a-t-on pas consentis pour asseoir un système démocratique où le peuple souverain est celui-là qui détient le pouvoir, afin que puissent se mettre en place un programme et des mécanismes du développement économique et social harmonieux ?

Il ne fait plus de doute que le pouvoir n’entend pas se pencher sur les préoccupations de l’ensemble de notre peuple. Il n’entend pas écouter vos cris de détresse, et tenir compte de nos propositions pour l’approfondissement de notre démocratie balbutiante.

Il fonce, fonce. Son seul but, un but obsessionnel, c’est obtenir une Présidence de la République à vie. Pour faire quoi ?

Il n’est un secret pour personne, le pouvoir actuel n’œuvre que pour la destruction du tissu économique, la déstructuration de l’Etat et la mise à mal de la cohésion nationale.

Avec la modification unilatérale de la loi sur les revenus pétroliers, en violation des engagements pris avec la Banque Mondiale et tous les partenaires engagés dans cet important projet, le Gouvernement a définitivement convaincu la communauté des bailleurs qu’il n’a cure des principes de correcte et saine gestion des biens publics.

Cette légèreté a pour conséquence l’arrêt des flux financiers internationaux vers notre pays, un engourdissement au niveau des projets de développement, une baisse drastique des recettes publiques, avec pour corollaires les problèmes sociaux de plus en plus aiguës. Les travailleurs doivent refuser d'en faire les frais.


Mesdames, Messieurs,

La situation sur le plan militaire n’annonce rien de prometteur pour les paisibles citoyens que vous êtes. Le Président Déby a voulu d’une armée non républicaine à sa dévotion ; cette armée se retourne contre lui. Et il ne pourra pas arrêter cette révolte, ni arrêter l’intensification des désertions et des combats.

Le Président Déby a de nouveau engagé le Tchad dans le cycle de la violence et des conflits armés. Nous devons réagir légalement et pacifiquement pour stopper cette périlleuse aventure.

Se refusant à entendre les voix de la raison et de la sagesse, en s’obstinant à frustrer et humilier chacun de ses collaborateurs et tous les Tchadiens, en croyant que seuls comptent la roublardise, l’achat de conscience et la brutalité, Déby s’est engagé dans une voie qui ne peut conduire qu’à la fin de son système, à la fin de son règne ; et ce, à très court terme.

C’est à cette perspective que vous devez, Chers amis, chers camarades et chers compatriotes, vous préparer.

Vous devez vous y préparer mentalement et physiquement. Vous devez vous y préparer en vous organisant, en renforçant les capacités de mobilisation et d’action des partis politiques, en particulier de la CPDC.

Vous suivez tous, ahuris, l’acharnement du pouvoir à organiser une pseudo présidentielle.

Nous réaffirmons sans ambages que nous ne sommes pas partants et ne cautionnerons pas cette mascarade.

Nous tenons à préciser une fois de plus, par respect et pour l’intérêt de notre peuple qui souffre tant, que nous n’entendons pas entrer dans ce qui ne peut être qu’un vaste complot sur le dos de ce peuple. Nous n’acceptons pas des accommodations entre leaders politiques, qui dénaturent le choix des citoyens.

C’est pour cela que nous exigeons que les élections dans notre pays ne soient plus des farces. Les élections doivent être libres, équitables, transparentes et crédibles.

Depuis les dernières élections, 2001-2002, nous n’avons cessé d’attirer l’attention des gouvernants au plus haut niveau, que notre système électoral comporte de nombreuses anomalies inacceptables, qu’il faut absolument corriger.

Nous avons sans relâche demandé des discussions sur ces questions, afin de trouver des solutions consensuelles. Vous êtes tous témoins des tergiversations du pouvoir, témoins de ses rétractations et des pieds de nez qu’il fait à l’opposition démocratique.

A la tribune du congrès qui l’a investi candidat, il proclame sa volonté de renouer le dialogue pour ces élections. Mais pourquoi envisage-t-il de renouer maintenant et si tardivement ce dialogue qu’il a toujours refusé ?

A la CPDC, nous refusons de nous laisser distraire. Personne ne va nous amener à accompagner le candidat du MPS, crédibiliser et légitimer sa frauduleuse élection comme Président de la République à vie.

Pour obtenir une participation des partis politiques membres de la CPDC à cette élection, le bon sens exige la suspension du processus, la dissolution des organes mis en place. Par la suite, des discussions doivent s’engager entre acteurs, dans un cadre paritaire, et non dans la confusion, autour des sujets qui entravent la transparence des élections.

Faut-il le rappeler, il s’agit de notamment de :

- la reprise intégrale du recensement électoral par des institutions crédibles, pour établir un fichier sécurisé ;

- la redéfinition d’un nouvel organe paritaire de gestion des élections, une nouvelle CENI dotée de prérogatives ajustées compte tenu des expériences vécues ;

- un toilettage du Code électoral pour préciser certaines dispositions afin de mieux garantir l’égalité entre candidats et permettre de mieux recueillir la réalité des votes des citoyens ;

- la conception et la mise en place des mécanismes et dispositifs d’application correcte et complète du Code électoral, notamment en ce qui concerne le contrôle et les sanctions.

Faute d’un tel débat débouchant sur des solutions consensuelles, personne ne peut nous contraindre à participer à des simulacres d’élections, fut-il Ambassadeur de la République française.

En effet, depuis quelque temps, l’Ambassadeur de France, qui s’est illustré depuis son arrivée par le mépris de l’opposition démocratique, par le dénigrement systématique de la société civile autonome et par la diabolisation de la presse non liée au pouvoir, déploie une intense activité pour entraîner l’Union Européenne et toute la communauté internationale dans le soutien qu’il apporte de façon flagrante et grossière au régime finissant du Président Déby.

L’acharnement à vouloir appliquer le modèle togolais ne passera pas. Le vide institutionnel, synonyme selon lui de chaos, ne nous effraie pas.

Qu’il n’ y ait pas d’élection présidentielle avant le 8 août prochain créant un vide institutionnel, c’est le pouvoir qui l’aura délibérément voulu.

Ce vide est-il automatiquement synonyme d’anarchie ou de chaos ? Nous ne le pensons pas.

Quand pour une raison ou une autre, la paix, la cohésion nationale et la stabilité sont menacées, les acteurs politiques responsables se réunissent pour circonscrire le péril et convenir des mécanismes et institutions provisoires pour une sortie de crise.

Disant cela, nous n’inventons rien. Ce ne sera pas la première fois que cette situation se présente au Tchad, ni sous d’autres cieux. Lisez les journaux, écoutez les radios. Ces cas sont légion.

Le pouvoir nous a suffisamment habitués à ce genre de manœuvres. Il empêche délibérément la création des conditions d’élections libres, équitables et justes. Et demande en guise de récompense qu’on lui reconnaisse une légitimité usurpée, non méritée. Cela est inadmissible.

Le Président Déby et son gouvernement ont été alertés depuis 2001, et de façon plus précise et solennelle depuis 2003, sur les anomalies du système électoral actuel. Gouverner, c’est prévoir dit-on.

S’ils n’ont pas pu percevoir ce qui les attend malgré les multiples et répétitives sollicitations de l’opposition, c’est qu’ils ne sont pas en mesure de gouverner dans la transparence.

Nous n’acceptons pas d’assumer, encore moins de subir les conséquences l’amateurisme et de l’aventurisme de ceux qui refusent de voir les réalités en face.

Quand on ne sait pas gouverner, quand on ne peut pas gouverner, on rend le tablier. C’est tout ce qui reste à cette équipe du MPS. Il s’agit de l’intérêt du pays, de l’avenir de toute cette jeunesse qu’on condamne à l’ignorance et à l’errance.

Cette jeunesse qu’on abandonne à tous les fléaux des temps modernes : alcoolisme, tabagisme, drogue, prostitution, violences, le SIDA,… la liste est longue.

Les Tchadiens se sont enrichis de leur tumultueuse histoire. Ils s’enrichissent des expériences des autres peuples. On ne peut plus venir vouloir leur administrer des remèdes qui n’ont fait que des dégâts humains et matériels indicibles, ici même et à travers l’Afrique.

Les trafics d’influences, voire les menaces d’intervention des corps expéditionnaires ne peuvent pas avoir raison de notre détermination à faire avancer notre pays sur le chemin de la démocratie et du développement durable.

Nous sommes persuadés que le comportement de cet Ambassadeur ne vise pas les intérêts du peuple et de l’Etat français.

Nous demandons solennellement au gouvernement et au peuple français, au Président Jacques Chirac en particulier, que j’ai eu le plaisir et l’honneur de connaître personnellement, de tirer les conséquences de l’activisme de l’actuel Ambassadeur de France qui risque d’entraîner la France dans un traquenard, dans un bourbier sanglant.


Mesdames, Messieurs,

La situation dans notre pays est préoccupante. On ne peut pas en sortir par l’organisation à la sauvette d’une pseudo présidentielle.

Le niveau de délitement de l’Etat et de la fragilisation des institutions, le discrédit du pouvoir, ainsi que la lassitude de la population imposent la recherche d’un nouveau consensus national.

Seul un dialogue associant partis politiques, mouvements politico-militaires et société civile, peut permettre d’y arriver.

S’enfermer dans la logique de la politique de l’autruche, de la fuite en avant et les passages en force, est totalement et absolument contre-productif. Cela peut tout au plus retarder une échéance encore plus meurtrière et dévastatrice.

C’est pourquoi nous vous demandons, Chers militants et chers compatriotes, de vous mobiliser pour empêcher la fuite en avant et les passages en force, et imposer par là même le Dialogue national qui nous permettra de définir une Nouvelle Transition au cours de laquelle nous nous attèlerons à réconcilier et rassembler les Tchadiens, reconstruire l’Etat en état de déliquescence avancée.

Nous avons impérativement besoin d’un renouveau démocratique pour remettre le pays sur la voie du développement économique et social.

Aussi, vous devez user de tous les moyens, en particulier des dispositions pertinentes de notre Constitution, qui vous autorisent à vous opposer à toute tentative de conquête, d’exercice et de conservation du pouvoir par les moyens frauduleux et la violence. L’organisation d’élections frauduleuses fait partie de ces méthodes prohibées.

En tout état de cause, les élections annoncées pour le 03 mai prochain n’auront pas lieu. Elles ne doivent pas avoir lieu. Vous devez contribuer activement à ce qu’il en soit ainsi.

Lucidité et Courage. La victoire est certaine et proche.

Vive le Tchad, vive la CPDC !

Merci !

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

STATUTS DU RDP